Les données personnelles, ou comment vendre notre vie (éditorial)

La démocratisation de la technologie dans nos vies a atteint une ampleur phénoménale, que seuls certains auteurs se seraient autorisés à imaginer auparavant. Smartphones, intelligence artificielle, truquage électoral… Quelle place donner aux données personnelles ?

La faille Facebook

Facebook, le plus grand réseau social au monde, a encore montré sa faiblesse et l’état de vulnérabilité dans laquelle il met ses utilisateurs. C’est en effet avec cette faille qu’il a laissé, que le géant du web a mis à découvert les données personnelles de milliards d’individus. Le pire a été évité mais la faute n’en reste pas moins énorme. Il aura fallu plus d’un an au réseau social pour se rendre compte de son erreur.
La brèche qui était tranquillement installée dans la fonctionnalité « Aperçu de mon profil » depuis juillet 2017 a été découverte en septembre 2018 et permettait à n’importe quel hacker de prendre le contrôle de près de 50 millions de comptes, ouvrant par la même occasion la porte à tous les réseaux connectés à Facebook avec le bouton « Facebook Login », et donnant ainsi accès à des milliards de données personnelles. Si cette affaire s’est terminée sans dommage collatéral apparent, Facebook ignore si des comptes ont été utilisés à des fins malveillantes, une enquête a été ouverte par les autorités américaines.

Le business de données personnelles

Ce n’est plus de la fiction et nous le savons, les données personnelles sur internet représente un enjeux de taille. Que ce soit pour des partis politiques, pour des commerces, ou pour les géants du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), tous sont addicts à nos données personnelles et les récoltes de celles-ci sont de plus en plus précises et intrusives. Les données récoltées peuvent être vendues entre services, sans même que l’utilisateur n’ait donné son consentement, ou qu’il n’en connaisse la finalité. Ce business de données constituera un marché de plus de 187 milliards de dollars en 2019, selon la dernière étude de IDC, analyste sur l’évolution des technologies et des industries.
Si certains prônent l’utilité de la récolte de données pour mieux comprendre les utilisateurs, il n’en reste pas moins que ce business juteux n’est pas sans risques pour ces derniers. Cela pose aussi sur la table des questions d’éthique concernant le droit de propriété de nos données personnelles, à savoir de notre vie privée.

Les données personnelles au service des entreprises et de leurs utilisateurs

Les grands acteurs ne cesseront de le répéter, les données personnelles présentent un atout dans la conception de produits innovants et dans l’anticipation des besoins des utilisateurs, de manière à pleinement les satisfaire. C’est une thèse qui peut, en effet, être bien défendue, autant par les sociétés que par les consommateurs. Prenons par exemple le domaine des objets connectés, l’évolution des ces outils, liés à de l’intelligence artificielle fonctionnant avec la collecte de données, a permis l’amélioration du quotidien de nombreuses personnes, notamment dans le domaine de la santé.
Un autre cas, la collecte de données par Google lui permet d’améliorer sans cesse ses produits, les rendant ainsi en permanence en accord avec l’évolution des besoins de ses utilisateurs. Grâce à une récolte de données précises, Google peut par exemple savoir quel bouton est le plus utilisé dans son moteur de recherche.
Même si ce genre de données restent assez quelconques, ce n’est pas le cas de toutes les données récoltées. Certaines pratiques tendent à mettre à nu nos vies privées, ce qui peut avoir des répercussions très graves.

Les données personnelles pour mieux manipuler

Cambridge Analytica est le meilleur exemple du revers de la médaille. Cette société, embauchée par l’équipe de campagne de Donald Trump lors des élections présidentielles aux États-Unis, a permis la récolte de données personnelles de 30 à 50 millions de personnes.
Sous couvert de recherche universitaire, Cambridge Analytica a créé une application “thisisyourdigitallife” qui proposait à ses utilisateurs une rémunération pour répondre à un test de personnalité. L’accès à cette application nécessitait un compte Facebook pour se connecter, et permettait ainsi à la société de récolter un maximum d’informations sur ses utilisateurs et sur leurs amis Facebook.
Ces données ont ensuite été utilisées pour influencer le choix des électeurs, à travers des promotions ciblées. Les informations ainsi récoltées ont permis de réaliser des profils types de personnes à influencer. De quoi ne plus croire en l’impartialité des prochaines élections présidentielles ou européennes !
Un proverbe chinois dit : « Il n’y a plus guère que la couleur de notre slip qu’ils ne connaissent pas »

Garder le contrôle sur les données personnelles

Heureusement pour nous, des outils nous permettent de contourner la récolte de données personnelles, ou du moins d’en limiter l’impact. C’est le cas notamment de DuckDuckGo ou Qwant qui ne pistent pas leur utilisateurs, à contrario de Google. C’est aussi le cas de Okuna le réseau social en projet qui veut respecter la vie privée de ses utilisateurs, bien au contraire de Facebook dont presque 95 % des revenus sont liés à la vente de données.
Quant à lui, le Parlement Européen nous a fait un beau cadeau, en adoptant en avril 2016 le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce texte ambitieux est rentré en application depuis seulement moins d’un an, et n’est applicable qu’en Europe. Des règles strictes y sont définies : dorénavant il faudra obtenir le consentement des utilisateurs pour collecter leurs données et ceci de manière claire, tout en définissant clairement la finalité de la collecte. Ce document de 88 pages apporte un droit à la portabilité des données d’un service à un autre, et instaure des amendes pour non respect des règles. Les procédures pour non respect pourront dorénavant être facilement déclenchées par des citoyens.
La meilleure solution reste tout de même de prendre conscience qu’internet est un lieu où le droit à l’oubli n’existe pas. Il faut limiter les informations que nous transmettons et prendre connaissance de leur finalité

La vision d’Aldous Huxley

Au final nous ne pouvons que remercier le célèbre visionnaire Huxley d’avoir dépeint, en 1932, une vision aussi proche de notre société que celle qu’elle est aujourd’hui. Aldous Huxley disait dans son livre Le meilleur de monde : « les contours d’une dictature parfaite. Des individus conditionnés auraient l’illusion d’être libres et épanouis, mais seraient en réalité placés dans un système de soumission via une consommation et une distraction excessive ». C’est exactement ce vers quoi la société tend avec le marché des données, entre autres, et avec la mise en place d’un monde sur mesure. Un monde parfait… où nous en sommes le produit.

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À propos de l'auteur

Romain
Romain
Je m'intéresse beaucoup à la technologie, à la musique, aux enjeux environnementaux, et à divers autres sujets. En développant le blog Current Trends, j'ai pour objectif de vous partager mes connaissances, mes découvertes et mes bons plans sur les différents sujets qui me passionnent. Laissez-moi des commentaires, ça m'aide à me perfectionner et ça fait plaisir :D

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